
Thresholds: Rethinking Spirituality Through Music
Dans Thresholds, Marcel Cobussen repense la relation entre la musique et la spiritualité. Le point de départ est le mouvement actuel de la musique classique contemporaine connu sous le nom de Nouvelle musique spirituelle, dont les principaux représentants sont Arvo PArt, John Tavener et Giya Kancheli.
À presque tous les égards, les principes musicaux de la nouvelle musique spirituelle semblent diamétralement opposés à ceux du modernisme : répétition et repos contre développement et progrès, tradition et familiarité contre innovation et expérimentation, communication contre individualisme et conceptualisme, tonalité contre atonalité, etc. En tant que tel, ce mouvement est souvent considéré comme faisant partie du complexe beaucoup plus vaste appelé postmodernisme. Rejoignant les idées sur la spiritualité présentées par Michel de Certeau et Mark C.
Taylor, Cobussen déconstruit la classification des "dimensions spirituelles" de la musique décrite ci-dessus.
Thresholds présente une idée de la spiritualité dans et par la musique qui va à l'encontre des stratégies d'exclusion et de maîtrise de l'altérité et la relie à l'errance, à l'égarement et au vagabondage. En s'appuyant sur la philosophie de Martin Heidegger, Georges Bataille, Jean-François Lyotard, Jacques Derrida et d'autres, et en analysant la musique de John Coltrane, des mythiques Sirènes, d'Arvo Art et des Eagles (pour n'en citer que quelques-uns), Cobussen considère la spiritualité comme un (non)concept qui échappe à la catégorisation, à la classification et aux descriptions linguistiques.
La spiritualité est a-topologique, non discursive et une manifestation de l'altérité. Et c'est précisément la musique (ou mieux : l'écoute de la musique) qui induit ces pensées : en rencontrant, analysant et évaluant soigneusement certains exemples de musique classique, de jazz, de pop et de musique du monde, il est possible de détacher la spiritualité des concepts d'altérité et de transcendantalisme. Thresholds ouvre un espace dans lequel la spiritualité peut être reliée à une musique qui n'est pas communément considérée sous cet angle, enrichissant ainsi les manières d'aborder et de discuter de la musique.
Pour ce faire, il est nécessaire de montrer que la spiritualité n'est pas un attribut de la musique, ni un simple adjectif fournissant des informations supplémentaires ou servant à catégoriser certains types de musique. Au contraire, le spirituel peut survenir à travers l'écoute de la musique, dans une relation plus ou moins personnalisée avec elle. Cette relation pourrait être caractérisée comme sensible plutôt que contrôlante, ouverte plutôt qu'excluante, tâtonnante plutôt que rigide.